« Les Témoins » au Théâtre de la Manufacture des Abbesses

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Résumé de l’épisode

Emmanuelle Saulnier-Cassia reçoit Yann Reuzeau, auteur, metteur en scène et directeur de la Manufacture des Abbesses et Morgan Perez, comédien, pour parler de la pièce Les Témoins, qui se joue à la Manufacture des Abbesses, jusqu’au 3 novembre 2019.

Après Chute d’une Nation créée en 2011 (publiée chez Actes Sud – papiers comme tous ses autres textes) et dans sa suite, Yann Reuzeau a écrit une pièce sur la thématique de la liberté de la presse dans le contexte de l’arrivée au pouvoir d’un Président de la République d’extrême-droite. Beaucoup de questions juridiques sont abordées : l’indépendance des médias, la protection des sources des journalistes, la manipulation de l’information, les conflits d’intérêt, les délits d’initiés, la politique d’émigration, le terrorisme écologique.

Distribution : Frédérique Lazarini, Sophie Vonlanthen, Marjorie Ciccone, Frédéric Andrau, Tewfik Snoussi, Morgan Perez

Pour réserver : https://www.vostickets.eu/billet?ID=MANUFACTURE_DES_ABBESSES&SPC=12859

Lieu : Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron – 75018 Paris.

Du jeudi au samedi à 20h45 et le dimanche à 17h

Durée : 2h00

Invités

Yann Reuzeau, auteur, metteur en scène et directeur de la Manufacture des Abbesses

Morgan Perez, comédien

Pour aller plus loin

Sur le spectacle : Emmanuelle Saulnier-Cassia, chronique “Du droit dans les arts”, 1er octobre 2019, aux Petites affiches

Extraits diffusés pendant l’émission :

  • Interventions du 11 septembre 1848 et du 9 juillet 1850 de Victor Hugo, lues par Edwy Plenel dans l’émission du 3 juillet 2019 de Mediapart Live consacrée à la liberté de la presse : https://www.youtube.com/watch?v=WjKdowc9KC8

Animation

Emmanuelle Saulnier-Cassia

Réalisation

Lucien Oriol

Coordination

Camille Blumberg

Musique originale

Didier Riey

Les sorties de Droit en Scène

I am Europe de Falk Richter – Théâtre de l’Odéon, Ateliers Berthier, jusqu’au 9 octobre : https://www.theatre-odeon.eu/fr/saison-2019-2020/spectacles-19-20/i-am-europe

L’un de nous deux de Jean-Noël Jeanneney, avec Christophe Barbier et Emmanuel Dechartre – Théâtre du Petit Montparnasse, jusqu’au 24 novembre : https://www.theatremontparnasse.com/l-un-de-nous-deux-mandel-blum/

La vie de Galilée de Brecht avec Philippe Torreton, mis en scène par Claudia Stavisky – La Scala jusqu’au 9 octobre : https://lascala-paris.com/programmation/la-vie-de-galilee/

Après la création somptueuse d’Éric Ruf à la Comédie-Française en fin de saison dernière et qui est reprise actuellement à la salle Richelieu, toujours avec le grand Hervé Pierre en Galiléo Galilei, La Vie de Galilée de Brecht fait l’objet d’une nouvelle adaptation à la Scala, avec Philippe Torreton dans le rôle titre.
Disons-le d’emblée, il est remarquable. Il incarne avec une épaisseur toute particulière le personnage du savant et fait plonger avec délectation le spectateur pendant plus de 2h 30 dans cette période fascinante encore marquée par la Renaissance.
À la différence de la production du Français, les décors sont d’une assez grande sobriété ; ils créent avec le choix des lumières (et notamment une étonnante croix en néons) une atmosphère assez sombre, presque aride parfois, qui correspondent bien tant au propos et à la volonté de Brecht qu’à la vie pleine de rebondissement du mathématicien et physicien italien, dont les découvertes scientifiques, apportent des preuves à l’héliocentrisme de Copernic et remettent donc en cause après Giodano Bruno le système géocentrique de Ptolémée et Aristote.

La scénographie et la mise en scène de Claudia Stavisky accompagnent bien ce texte de Brecht auquel ila  consacré les vingt dernières années de sa vie.  J’ai juste une réserve sur quelques costumes peu heureux et surtout sur le personnage du précepteur du Prince transformé en nazi, qui n’est pas une allégorie des plus pertinentes…

Pour le reste, ce spectacle est à ne pas manquer aussi bien pour apprécier un beau moment de théâtre et un comédien dans un rôle qui le marquera, pour découvrir ou réentendre un texte magnifique et revivre les ambiguïtés d’un génie qui n’était qu’un homme avec ses passions et ses faiblesses qui le firent officiellement se renier, sans pour autant cesser d’écrire l’œuvre majeure que furent ses fameux Discorsi.

Pour en savoir un peu plus sur l’œuvre de Brecht, retrouvez ma critique de juin dernier sur les pages Actualités de la revue Esprit : https://esprit.presse.fr/actualites/emmanuelle-saulnier-cassia/la-vie-de-galilee-a-la-comedie-francaise-42191

Le Misanthrope de Molière, mis en scène par Alain Françon – Théâtre de la Ville, Espace Cardin, jusqu’au 12 octobre : https://www.theatredelaville-paris.com/fr/spectacles/saison-2019-2020/theatre/le-misanthrope

Le Misanthrope est une comédie de Molière. Faut-il le rappeler ? Sans doute non pour ce qui concerne son auteur, mais probablement oui pour ce qui constitue son genre, car le texte de 1666 dont l’ambition à la fois morale et politique pourrait le faire oublier, aussi bien que la mise en scène d’Alain Françon de 2019, qui se joue au Théâtre de la Ville, Espace Cardin jusqu’au 12 octobre.
L’on ressent inévitablement une influence de Tchekhov dans la manière dont Alain Françon, qui en est spécialiste ou tout du moins qu’il a beaucoup mis en scène, aborde sa première expérience avec Molière. Dans l’unique décor (de Jacques Gabel) de ce qui est censé être le salon de Célimène, classique, et assez austère, fait de carrelage noir et blanc, boiseries monumentales, peintures et surtout un fond de scène représentant une forêt enneigée, Alceste et consorts évoluent 1h55 durant, dans des costumes partiellement contemporains (point de ruban vert pour Alceste, mais sa première cravate est une discrète allusion).
Les cors d’une chasse à courre ouvrent brièvement le spectacle, avant quelques aboiements et l’enchainement presque abrupte de la première réplique, dans une lumière tamisée qui ne sied pas vraiment aux premiers échanges.
Il m’a fallu en outre un moment d’adaptation pour apprécier Gilles Privat dans le rôle titre, en raison d’un chuintement initial assez fort altérant beaucoup la clarté de sa diction au débit parfois extrêmement rapide, alors qu’au contraire Pierre-François Garel en Philinte est d’emblée convaincant dans une tonalité subtile qui le rend, comme il sied à son rôle, à la fois attachant par son empathie et agaçant par son hypocrisie.
Le spectacle offre peu de respirations et donne l’impression qu’il ne faut jamais se laisser aller, en évitant l’humour et donc le rire, en dépit des quelques mimiques d’Alceste et des mini-chorégraphies et mines des deux marquis qui sont savoureuses, ce qui paradoxalement provoque parfois un peu l’ennui. Seule l’ironie cruelle est bien présente, ce qui n’autorise qu’à sourire. Serait-ce que l’influence tchekhovienne ou bondienne aurait vraiment pris le dessus ?

Le choix des intermèdes musicaux extrêmement brefs et dont l’intérêt échappe, entre chaque scène, accentue le décalage que l’on ressent entre la déclamation de ces alexandrins si connus et la distance prise en quelque sorte avec eux sur le plateau, montrant des aristocrates dans un entre soi certain, ne cessant de se duper et de se ridiculiser les uns et les autres pour mieux tenter de prendre toujours l’ascendant.
La qualité de ces (éventuels) défauts ou regrets en fait peut-être l’efficacité et finalement la réussite d’une mise en scène qui permet de bien démontrer, voire même valoriser ce qui constitue l’essentiel de cette comédie, certes, mais qui est toute tragique : l’ambivalence et la duplicité sempiternelles des êtres humains. Personne ne sort indemne. Et cela ne fait que des perdants, les Philinte compris…

On ne peut pas dire que l’on sorte léger de cette représentation, mais au contraire plus inquiets ou en tout cas troublés par la revisitation de cette œuvre finalement singulière du XVIIème, où l’influence de Tchekhov et autres dramaturges de la fin du XIXème s. a du sens en ce début de XXIème siècle… A voir donc pour rebousculer sa vision du Misanthrope.

Mais aussi:

Pour un oui pour un non de Nathalie Sarraute, mis en scène par Tristan Le Doze, Manufacture des Abbesses, jusqu’au 23 novembre : https://www.manufacturedesabbesses.com/theatre-paris/pour-un-oui-ou-pour-un-non-cycle-sarraute/

Enfin, un petit coup de cœur de « théâtre sans droit » : Danser à la Lugnasa de Brian Friel, Théâtre 13-Jardin, jusqu’au 13 octobre : http://www.theatre13.com/saison/spectacle/danser-a-la-lughnasa

Pour en savoir plus sur tous ces spectacles et d’autres à venir : suivez le compte Instagram revuedartsenscene

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