Pegasus, les ailes du cyberespionnage

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Résumé de l’épisode

Il porte le nom d’un cheval, du plus célèbre cheval de la mythologie grecque, mais loin du mythe il a ravivé avec lui une réalité bien plus tangible : Pegasus. Ce cheval de Troie informatique, logiciel espion a été mis récemment sur le devant de la scène médiatique.

Invité

Bertrand Warusfel est professeur à l’Université Paris 8, chercheur associé au projet GEODE et avocat au barreau de Paris. Il a consacré de nombreux travaux à des questions de défense et de sécurité nationale, aux thèmes du renseignement, de l’espionnage, du contre-espionnage.

La playlist des Temps électriques

Scott Joplin, "The Entertainer"
Adèle, "Skyfall"

La lecture électrique

Ovide, Métamorphoses, Livre VIII [Trad. et notes de A.-M. Boxus et J. Poucet, Bruxelles, 2007]

Durant ce temps, Dédale avait pris en haine la Crète et son long exil. Il ressentait la nostalgie de son pays natal et, voyant la mer fermée devant lui, il dit : « Que les terres et les ondes me fassent obstacle, soit ! Mais le ciel reste ouvert. Nous irons par là ; Minos peut bien maîtriser tout, il n’est pas maître de l’air. »

Sur ces paroles, il se concentre sur un art inconnu et impose à la nature des lois nouvelles. En effet, il dispose des plumes régulièrement, commençant par la plus petite, les plus courtes suivant les longues : on les croirait poussées sur un plan incliné ; c’est ainsi qu’un jour apparut peu à peu la flûte rustique, faite de roseaux inégaux.

Alors, il attache les plumes centrales avec du lin et celles d’en bas avec de la cire, et, une fois ainsi disposées, il les incurve légèrement pour imiter les vrais oiseaux. Le petit Icare se tenait près de lui et, le visage rayonnant, ignorant qu’il manipulait un danger pour lui, tantôt il saisissait les plumes déplacées par la brise vagabonde, tantôt, à l’aide de son pouce, il amollissait la cire blonde, et par ses jeux entravait le travail étonnant de son père. Lorsqu’il eut mis la dernière main à l’oeuvre entreprise, l’artisan équilibra lui-même son corps entre ses deux ailes et resta suspendu dans l’air qu’il mettait en mouvement.

Il équipa aussi son fils et dit : « Icare, je te conseille de voler sur une ligne médiane, car, si tu vas trop bas, l’eau risquerait d’alourdir tes plumes, et trop haut, le feu du soleil pourrait les brûler. Vole entre les deux. Ne regarde ni le Bouvier, ni Hélicé ni l’épée brandie d’Orion, c’est mon ordre ; suis ta route, en me prenant pour guide ! » En même temps, il lui transmet les règles du vol et adapte à ses épaules des ailes qu’il ne connaît pas.

Pendant que l’homme mûr s’affairait et donnait ses conseils, ses joues se mouillèrent et ses mains de père se mirent à trembler. Il donna à son fils des baisers qu’il ne répéterait plus et, soulevé par ses ailes, il s’envole le premier, soucieux de son compagnon, comme l’oiseau qui pousse du nid dans l’espace sa tendre progéniture ;

Dédale l’exhorte à le suivre, l’initie à son art maudit, agite ses propres ailes et se retourne, regardant celles de son fils. Un pêcheur prenant des poissons à l’aide d’un roseau tremblant, un berger appuyé sur son bâton, un laboureur penché sur sa charrue, les virent, restèrent interdits et prirent pour des dieux ces êtres capables de voyager dans l’éther.

Déjà, sur leur gauche, se trouvait l’île de Junon, Samos – ils avaient dépassé Délos et Paros – sur leur droite se trouvaient Lébinthos et Calymné, riche en miel.

C’est alors que l’enfant se sentit grisé par son vol audacieux, et cessa de suivre son guide ; dans son désir d’atteindre le ciel, il dirigea plus haut sa course. La proximité du soleil bientôt ramollit la cire parfumée qui servait à lier les plumes.

La cire avait fondu ; Icare secoua ses bras dépouillés et, privé de ses ailes pour ramer, il n’eut plus prise sur l’air, puis sa bouche qui criait le nom de son père fut engloutie dans la mer azurée, qui tira de lui son nom.

De son côté, son malheureux père, qui n’est plus père désormais, déclara : « Icare, où es-tu ? Dans quel endroit dois-je te chercher ? » « Icare, » disait-il ; il aperçut sur l’eau des plumes, maudit son art et honora d’un tombeau le cadavre de son fils, et cette terre fut désignée par le nom du défunt inhumé.

Animation

Sophie Sontag-Koenig

Réalisation

Lucien Oriol

Coordination

Camille Blumberg

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